HARMONIES DU SOIR
Voici venir les temps
où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Chaque fleur s'évapore
ainsi qu'un encensoir;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le violon frémit comme
un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.
Un coeur tendre, qui
hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!
I. Une forme particulière
1) forme fixe orientale : le pantoum
fonctionnement du pantoum : reprise des vers 2 et 4 de la première strophe aux vers 1 et 3 de la deuxième strophe ; reprise des vers 2 et 4 de la deuxième strophe aux vers 1 et 3 de la troisième strophe.......
Cette forme est arrivée en France avec Hugo " Les orientales ".
2) une forme adaptée
utilisation de deux rimes seulement, en "on " et "ige", ce qui crée un sentiment de régularité.
II. Vertige des sens et des sensations
1) le vertige
La reprise des mêmes rimes crée un effet lancinant ; au-delà de l’harmonie, le poème devient une sorte de tourbillon d’images et de sensations, ce qui est exprimé par les vers 3 et 4.
2) les différents sens
la vue : " triste et beau " ; " luit comme un "
l’ouïe : " valse " ; " violon "
l’odorat : " s’évaporer " ; " encensoir " ; " parfum "
III. Le spleen baudelairien
1) antithèse ombre/lumière
l’ombre apparaît dans le vers 10 " néant vaste et noir "
la lumière est associée au passé " passé lumineux " et au souvenir " ton souvenir [...] luit "
Pour le poète, inutile de vivre le présent, englouti dans les ténèbres.
2) une dimension religieuse
" voici venir le temps où " est une injonction biblique, prophétique
" ostensoir " " reposoir " " encensoir " permettent de donner une dimension religieuse au texte, c’est-à-dire montrer que le sentiment amoureux à quelque chose de sacré.
NB Ce poème des "Fleurs du mal" fait partie du cycle de l’amour : il est consacré à Mme Apollonie Sabatier.