Charles Baudelaire : une vie maudite

 

Méconnu et maudit durant sa vie, Baudelaire a conquis le public moderne grâce à un recueil de poèmes vraiment original : Les fleurs du mal. Il est maintenant reconnu comme l'un des plus grands poètes modernes.  Dans son acharnement à vouloir mettre à nu le mal, c'est-à-dire les faiblesses et les turpitudes de ce monde, il donne «à la poésie un frisson nouveau» (Victor Hugo). Déchiré mais lucide, il cherche par l'imagination un passage entre le réel et le surréel, refuge ultime et fragile du poète; cette lutte entre le haut et le bas, entre l'Idéal et le Spleen, se poursuivra tout le long des Fleurs du Mal à travers de nouveaux thèmes comme la ville, le vin, le mal et la révolte, pour aboutir à l'ultime espoir, au dernier voyage: la mort.

Au-delà de cette représentation du monde assez typiquement romantique, Baudelaire annonce le Symbolisme. Cela, le poème Correspondances l'illustre en faisant la description d'analogies entre les perceptions relevant de sens différents, mais aussi en suggérant une unité secrète entre les univers sensoriel et spirituel, unité que le poète devra comprendre et traduire.

Après la mort de son père en 1827, sa mère se remarie avec le commandant Jacques Aupick qui deviendra plus tard général et puis ambassadeur. Baudelaire ne supporta pas cet homme qui incarnait tout ce dont il avait horreur, discipline, morale bourgeoise et religion établie, et il ne cessa de considérer ce remariage comme une trahison. À partir de 1839, Baudelaire commence sa carrière d'écrivain. Il fréquente des hommes de lettres (Nerval, Balzac, Leconte de Lisle) et mène à Paris une vie de plaisirs et d'insouciance qui paraît scandaleuse à son beau-père et le fait embarquer en 1841 pour un long voyage vers les Indes, mais, pris de nostalgie, il revient au bout de dix mois sans être parvenu à destination. Baudelaire ne dépassa pas l'île Maurice et la Réunion. Ce voyage éveille en lui l'amour de la mer et de l'exotisme qui vont enrichir son inspiration. À son retour, il demande sa part de l'héritage paternel pour vivre comme il l'entend. Il devient un dandy parisien et se lie avec Jeanne Duval, la «Vénus noire», avec laquelle il entretint jusqu'à sa mort une liaison orageuse et charnelle. La moitié de son héritage fut dilapidée en quelques mois.  En 1844, sa famille, alarmée par les dépenses du jeune homme qui a alors 23 ans, lui impose un conseil judiciaire qui limite l'argent qu'il peut toucher régulièrement : désormais, il va vivre misérablement.

Baudelaire se consacre d'abord à la critique d'art; les articles regroupés forment Les salons. En 1848, il participe aux émeutes parisiennes et s'enthousiasme pour la Révolution. Mais son engagement est de courte durée. Il revient à la littérature, découvre l'auteur américain Edgar Poe qu'il commence à traduire. Baudelaire voit, chez l'auteur américain, une sorte de frère spirituel. En effet, une même conception de l'art, un même dédain du peuple et un identique intérêt pour ce que Poe appelle le démon de la perversité (c'est-à-dire le goût du mal pour le mal) réunissent les deux poètes.

Quelques poèmes sont publiés dans différentes revues; la passion que lui inspire une dame du monde, Madame Sabatier, stimule son activité poétique. En 1857 paraissent Les fleurs du mal. Le livre est en partie condamné pour «outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs».

En dépit de la célébrité qui s'installe, il mène une vie précaire, vivant de traductions. Il continue néanmoins à écrire des poèmes utilisant parfois comme stimulants l'opium et le haschich. En 1864, il partit pour la Belgique, où il espérait trouver un éditeur pour ses oeuvres complètes. Une agonie de plus d'un an commença alors, dernière phase de la syphilis dont il était atteint depuis plus de vingt ans. Terrassé par une crise cardiaque, il est ramené à Paris. Atteint de paralysie et de troubles du langage, il meurt à l'âge de 46 ans.

Principales oeuvres : Prose :

Salons (1846-1859),

Journaux intimes (1851-1862),

les Paradis artificiels (1860),

Curiosités esthétiques (1868).

 

Poésie :

Les fleurs du mal (1857, 101 poèmes-1861, 127 poèmes),

Le spleen de Paris (1869),

L'art romantique(1869).

Les Fleurs du mal.

Le recueil est composé de six parties : «Spleen et Idéal» décrit l'être déchiré entre la soif de l'idéal et la prostration du quotidien; «Tableaux parisiens» montre la ville dans une opposition entre la laideur et la magie; «le Vin» et «Fleurs du mal» représentent la tentation des paradis artificiels et des vices; «Révolte» est le cri de reniement du poète vaincu et désespéré; enfin, «la Mort» est la dernière tentation, celle du grand voyage, pouvant conduire à la réconciliation et au salut.

Chronologie

 

1821: Naissance à Paris de Charles Baudelaire. Il est le fils de Joseph-François Baudelaire, né en 1759, et de Caroline Archenbaut-Dufaÿs, née en 1793.

1827: mort du père de Charles Baudelaire.

1828: la mère de Charles Baudelaire se remarie avec le général Aupick.

1836: Il est inscrit au Collège Louis-le-Grand de Paris.

1840-41: Il entretient une vie que sa famille considère scandaleuse.

Juin 1841-Février 1842: Il s'embarque vers les Indes.

1842: Baudelaire fait la connaissance de Jeanne Duval

1845-46: Publication de nombreux articles de critique.

1847: Découverte d'Edgar Poe.

1848: Il participe aux journées révolutionnaires de février.

1852: Il envoie de nombreux poèmes à Mme Sabatier.

1856-57: Baudelaire publie sa traduction des Histoires et des Nouvelles histoires extraordinaires d'Edgar Poe.

1857: En juin, publication des Fleurs du mal. Le 20 août, un procès en moralité est instruit contre l'auteur. Baudelaire et l'éditeur (Poulet-Malassis) seront condamnés à des amendes et six poèmes  devront être retirés.

1860: Publication des Paradis artificiels.

1864: Baudelaire s'installe à Bruxelles.

1866: Des troubles cérébraux s'abattent sur le poète.

1867 : Mort de Charles Baudelaire à Paris.

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