Victor Hugo (1802-1885)

 

 


Certains critiques ont proposé d'appeler le XIXe siècle « le siècle de Victor Hugo ». Il l'occupe en effet non seulement par sa longévité, par son autorité comme chef de file des romantiques, mais aussi par l'ampleur de son oeuvre. Artiste complet, il a écrit pour tous les genres : poésie, théâtre, roman. C'est aussi un poète engagé, un homme politique libéral qui s'est mis au service des grandes idées humanitaires.

 

Les débuts littéraires :

Fils d’un commandant qui deviendra général, Victor Hugo naît à Besançon en 1802 («Ce siècle avait deux ans», écrira-t-il plus tard). Sa jeunesse est entrecoupée de nombreux voyages à travers l'Europe, ainsi que le veut la carrière d'un militaire de métier. Les parents de Victor ne s’entendent pas très bien et finissent pas se séparer. Ile envoient leur fils en pension où il compose ses premiers poèmes. Son talents littéraire est vite reconnu car l’Académie française lui décerne une récompense. Il pourra bientôt se consacrer à la littérature malgré les voeux de son père qui aimerait le voir fréquenter l’école polytechnique. Il veut « être Chateaubriand ou rien ». Au début de sa carrière, Hugo est catholique et monarchiste. en 1822, âgé de 20 ans, il épouse Adèle Foucher qui lui donnera 4 enfants dont Léopoldine et Adèle (Adèle H) qui eurent un destin tragique. La même année, il publie son premier recueil de poème, les Odes, et commence à fréquenter le salon de Nodier où il rencontre Vigny et Lamartine.

Le romantisme :

Victor Hugo prend nettement position en faveur du romantisme et contre le classicisme dans la préface de Cromwell (1827). Il devient le chef de file de l'école romantique et triomphe avec son drame Hernani. Lors de la première représentation devant le public de la Comédie-Française, partisan du classicisme, les jeunes défenseurs du romantisme forcent le succès par leurs applaudissements. Ils livrent ainsi chaque soir ce que l'on a appelé la bataille d’Hernani.

 

Succès littéraires et échecs personnels :

Victor Hugo connaît alors une intense activité littéraire dans tous les genres. En 1841, il entre à l'Académie française. Cette période féconde est pourtant assombrie par des chagrins personnels. Son ménage est brisé par la trahison de son ami Sainte-Beuve. Quelques années plus tard, il perd sa fille aînée (1843), Léopoldine, qui se noie accidentellement. La douleur du père est muette. Il s’écoulera 16 ans entre sa dernière publication : Les Rayons et les Ombres (1840) et le recueil consacré à la mémoire de Léopoldine intitulé : Les Contemplations (1856). En 1845, il devient député au parlement, à Paris.

 

L'homme et l'exil :

 

Victor Hugo est un libéral qui au début se méfie des idées républicaines et socialistes. Elu député, il commence par soutenir la candidature à la présidence de la république du prince Louis Napoléon. Mais il ne tarde pas à changer de camp et à devenir un opposant de celui qu’il considère comme un tyran. Il fuit alors en Belgique, puis à Jersey et Guernesey, où il s'installe. Pendant quinze ans, Hugo reste en exil, écrivant des satires contre celui qu’il appelle Napoléon-le-Petit. C'est aussi l'époque où il produit ses plus grandes oeuvres : Châtiments, Les contemplations, La Légende des siècles et Les Misérables.

 

 

Le retour et la gloire :

 

Victor Hugo est triomphalement accueilli lorsqu'il rentre en France en 1870, à la chute de l'empire. Il tente de participer activement à la vie publique mais, déçu par le nouveau gouvernement, il se retire de nouveau à Guernesey. À sa mort en 1885, la République lui fait des funérailles nationales et il est enterré au Panthéon.

 

Ses amours :

- Se marie avec Adèle Foucher : qui lui donne 4 enfants.

- Liaison avec Juliette Drouet : (comédienne) lui restera fidèle toute sa vie.

 

Quelques oeuvres :

1827 Cromwell

1830 Hernani

1838 Ruy Blas

1840 Les Rayons et les Ombres

1849 Les Burgraves

1853 Les Châtiments

1856 Les Contemplations

1862 Les Misérables.

 

Les Misérables (1862)

LIEUX DE L'ACTION:  Digne, Montreuil-sur mer, Montfermeil, Paris

EPOQUE DE L'ACTION: de 1815 à l833.

PERSONNAGES PRINCIPAUX: Jean Valjean, ancien forçat repenti; Javert, inspecteur de police; Cosette, servante des Thénardier puis fille adoptive de Jean Valjean; Fantine, sa mère, prostituée, ancienne ouvrière de M. Madeleine ; Mgr Myriel, évêque de Digne;les Thénardier aubergistes crapuleux; Marius, jeune bourgeois idéaliste et républicain ; Gavroche, gamin le Paris.

RESUME DE L'HISTOIRE:

Première partie: libéré après des années de prison pour le vol d'un pain, Jean Valjean est ramené au bien par Mgr Myriel en dépit d'une récidive qui le rend passible des travaux forcés à perpétuité. Ayant pris le nom de M. Madeleine, il devient maire de Montreuil-sur Mer, sous les regards soupçonneux de Javert. Un jour, il se démasque pour disculper un innocent arrêté à sa place.

Deuxième partie: renvoyé au bagne, Jean Valjean s'échappe et, fidèle à la promesse   faite à Fantine, arrache Cosette aux Thénardier. Poursuivi par Javert, il se cache à Paris, au couvent Picpus, où sa protégée est élevée.

Troisième partie: Cosette, devenue une jolie jeune fille, a un amoureux, Marius. Le jeune homme participe aux émeutes de l832.

Quatrième partie: sur les barricades, Jean Valjean fait libérer Javert prisonnier des émeutiers et emporte Marius, bléssé, à travers les égouts;Javert, désemparé, se suicide. Marius et Cosette se marient. ]ean Valjean, honteux de  son passé, s'isole. Avant de mourir, il a la joie de revoir Cosette et Marius.

THEMES DOMINANTS

La misère : thème fondamental du roman, elle met en évidence l'injustice de la société. Dépeinte à travers le destin de Jean Valjean, la détresse de Fantine, l'enfance malheureuse de Cosette, elle excite la pitié. Présentée avec réalisme, elle produit des effets pathétiques et contribue à créer un roman social.

L'injustice : la lutte contre l'injustice traduit l'idéologie du roman.

La rédemption : symbolisée par Mgr Myriel, elle fait de l'ancien forçat Jean Valjean un luste et donne au roman une dimension religieuse.

La révolution: à travers ce thème, Hugo glorifie l'aspiration républicaine et justifie les espoirs du peuple.

 

 

 


Fonction du poète


(Les Rayons et les ombres, 1840)

 

Dieu le veut, dans les temps contraires,
Chacun travaille et chacun sert.
Malheur à qui dit à ses frères :
Je retourne dans le désert !
Malheur à qui prend ses sandales
Quand les haines et les scandales
Tourmentent le peuple agité !
Honte au penseur qui se mutile
Et s'en va, chanteur inutile,
Par la porte de la cité !

Le poète en des jours impies
Vient préparer des jours meilleurs.
ll est l'homme des utopies,
Les pieds ici, les yeux ailleurs.
C'est lui qui sur toutes les têtes,
En tout temps, pareil aux prophètes,
Dans sa main, où tout peut tenir,
Doit, qu'on l'insulte ou qu'on le loue,
Comme une torche qu'il secoue,
Faire flamboyer l'avenir !

Il voit, quand les peuples végètent !
Ses rêves, toujours pleins d'amour,
Sont faits des ombres que lui jettent
Les choses qui seront un jour.
On le raille. Qu'importe ! il pense.
Plus d'une âme inscrit en silence
Ce que la foule n'entend pas.
Il plaint ses contempteurs frivoles ;
Et maint faux sage à ses paroles
Rit tout haut et songe tout bas !

Peuples! écoutez le poète !
Ecoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé.
Des temps futurs perçant les ombres,
Lui seul distingue en leurs flancs sombres
Le germe qui n'est pas éclos.
Homme, il est doux comme une femme.
Dieu parle à voix basse à son âme
Comme aux forêts et comme aux flots.

C'est lui qui, malgré les épines,
L'envie et la dérision,
Marche, courbé dans vos ruines,
Ramassant la tradition.
De la tradition féconde
Sort tout ce qui couvre le monde,
Tout ce que le ciel peut bénir.
Toute idée, humaine ou divine,
Qui prend le passé pour racine,
A pour feuillage l'avenir.

Il rayonne! il jette sa flamme
Sur l'éternelle vérité !
Il la fait resplendir pour l'âme
D'une merveilleuse clarté.
Il inonde de sa lumière
Ville et désert, Louvre et chaumière,
Et les plaines et les hauteurs ;
A tous d'en haut il la dévoile;
Car la poésie est l'étoile
Qui mène à Dieu rois et pasteurs !


 

 

 

 


Aspect et impressions

Solennité d'un texte didactique sur la fonction du poète ; structure très régulière, avec de nombreuses reprises; volonté de généralisation et insistance dans les définitions :c'est lui, lui seul…
=> nombreuses exclamations laudatives
=> impératifs, apostrophe et injonctions aux peuples,

1. L'utilité du poète : intermédiaire entre Dieu et les hommes

- différent des autres :
opposition avec les faux poètes => inutiles CHANTEURS (retranchement dans l'individualisme)
condamnation de leur démission dans le premier dizain => 3 verbes : retourne, prend ses sandales, s'en va
3 imprécations (malheur + Honte) enchaînées dans une gradation => image de l'automutilation  (l'utilité est donc intrinsèque à sa nature)
opposition frère / désert,  sandales / scandales

- un élu :
début et fin de l'extrait : Dieu le veut / mène à Dieu (origine et fin)
pareil aux prophètes + opposition voit / végètent
emploi absolu des verbes : il voit, il pense
Dieu parle à voix basse à son âme
opposition : inscrit / ce que la foule n'entend pas,
anaphore : lui seul a le front éclairé, lui seul distingue

-  un comportement de Christ :
rêves toujours pleins d'amour
constance et courage malgré les obstacles : qu'on l'insulte, on le raille Qu'importe
Il plaint ses contempteurs frivoles
les épines du Christ : nombreuses références à la souffrance, au martyre enduré.
une position quasi divine à la fin du texte : a tous d'en haut il la dévoile

-  le poète agit donc pour tous :
ville et désert
opposition : Louvre et chaumières // plaines et hauteurs

2. Ancré dans le présent, il est le pont entre le passé et l'avenir

Force du texte : images mêlant temps, germination, lumière surgissant de l'ombre

- L'OMBRE DU PRESENT
un présent de difficultés : cf début des 3 premiers dizains (relever les conjonctions quand et les prépositions en, dans)
temps contraires, les haines et les scandales, des jours impies, quand les peuples végètent, dans votre nuit, dans vos ruines

- LE PASSE A RECUEILLIR
image de la récolte : marche courbé dans vos ruines
 Qui prend le passé pour racine

- L'AVENIR de LUMIERE
A pour feuillage l'avenir
l'homme des utopies, les yeux ailleurs, le rêve (ses rêves toujours pleins d'amour, le rêveur sacré,
Difficulté de la tâche => don de voyance, mais nécessité de scruter :
les ombres des choses qui seront un jour
des temps futurs perçant les ombres
image végétale de la germination : en leurs flancs sombres le germe qui n'est pas éclos
=> but : faire flamboyer l'avenir, illumination sur un fond d'ombre
comparaison : comme une torche qu'il secoue
le front éclairé
Hyperboles et accumulation dans le dernier dizain pour traduire la réussite de la mission sacrée:
Il rayonne ! - Il jette sa flamme - fait resplendir - merveilleuse clarté - inonde de sa lumière
fin mystique : la poésie est l'étoile

Conclusion

Texte didactique, mais possédant une force intérieure, une puissance évocatrice, par la profusion des images souvent religieuses.

Hugo privilégie dans la fonction du poète : la communion avec les autres et leurs souffrances, leurs problèmes.

Il confie au poète la mission d'orienter l'histoire, de guider vers la lumière, le progrès.