L'ENFANT PRODIGE
Né à Charleville en 1854,, Arthur Rimbaud se révolte très vite contre la
tyrannie d'une mère inflexible et s'abandonne à la séduction de rêves lointains;
il marque sa rancune d'enfant incompris par de terribles colères et par des
escapades. Sa vocation poétique s'éveille, au collège et son professeur Georges
Izambard l'encourage par une enthousiaste sympathie. D'emblée,
Rimbaud a
découvert tous les secrets de l'art; il imite en virtuose Hugo ou les
Parnassiens.
LE RÉVOLTÉ
Les impatiences de l'adolescent prennent bientôt la forme d'une haine vivace
pour le conformisme social. Après la déclaration de guerre à la Prusse, Rimbaud
renonce à passer le baccalauréat, vend ses livres de prix, va à Paris, se fait
arrêter pour avoir voyagé sans billet puis va chercher fortune en Belgique.
Il retourne à Charleville en janvier 1871, et plus tard, repart pour Paris où,
faute d'argent, il ne peut demeurer plus de quinze jours. Il manifeste
pour les insurgés de la Commune une pensée fraternelle : « Les colères folles me
poussent vers la bataille de Paris, où tant de travailleurs meurent... » La
plupart des poèmes qu'il compose du mois de septembre 1870 au mois de mai 1871
portent la trace de sa révolte. Il proclame son mépris pour l'Empereur (Rages de
César); il plaint les victimes de la guerre (Le Dormeur du val).
LE BATEAU IVRE (1871)
Mais le poète trouve dans son génie les ressources nécessaires pour échapper au
désespoir. Comme Baudelaire, il aspire aux révélations d'un monde inconnu; il
part en rêve à la découverte de ce monde. Déjà, dans Le Bateau ivre, il décrit
symboliquement cette audacieuse équipée. Ce chaland qui vogue parmi des paysages
vierges, c'est Rimbaud lui-même, qui enfante en tumulte, dans un délire fécond,
les reliefs, les couleurs et les formes d'un nouvel univers. Il discerne,
pourtant, la fragilité de ce songe féerique : l'éblouissement des «nuits sans
fond» est bientôt dissipé à l'apparition des « aubes navrantes », et. le bateau
dégrisé, mais incapable, désormais, de suivre le sillage routinier des autres
chalands, aspire à s'engloutir.
LE VOYANT
Le bateau ivre marque un tournant dans la vie de Rimbaud. Un autre poète,
Verlaine, enthousiasmé par ces strophes ardentes, le presse de venir le
rejoindre « On vous espère, on vous attend. » Rimbaud répond à cette invitation
et habite avec Verlaine, d'abord à Paris, puis en Belgique et en Angleterre.
Pendant cette période tourmentée de son existence, il renouvelle sa vision
poétique par des expériences hardies : fidèle à un programme qu'il s'est tracé
quelques mois plus tôt, il «travaille à se rendre voyant», cultive le délire
sous toutes ses formes, compose des poèmes étranges (Voyelles), mais il
compromet sa santé par l'alcoolisme et par la débauche.
UNE SAISON EN ENFER (1873)
En décembre 1872, Rimbaud abandonne Verlaine et rentre de Londres. Il retourne
quelque temps, en janvier 1873, au chevet de son ami malade, puis va retrouver
sa famille dans la propriété de Roche, près de Vouziers, et entame une sorte d'autobiographie
en prose poétique. En mai, il rejoint de nouveau Verlaine qui, le 20 juillet, à
Bruxelles, sous l'empire de l'alcool, tire sur lui deux coups de revolver.
Définitivement las et écoeuré, Rimbaud achève l'oeuvre entreprise et l'intitule
Une Saison en enfer. C'est un témoignage à la fois sur l'existence
maudite qu'il a menée et sur les possibilités d'avenir qu'il voit s'ouvrir
devant lui au terme de cette crise. Quelques amis seulement ont reçu un
exemplaire de cette précieuse confession lyrique, dont le tirage, impayé, est
resté presque tout entier chez l'imprimeur.
Souvenirs d'enfer. L'enfer, ce sont les impuretés et les
illusions de la « saison » passée avec Verlaine. Le poète est déçu par son art;
l'homme est honteux de ses fautes. Rimbaud s'accuse de s'être abandonné à des
chimères poétiques. Il dénonce aussi, avec une ironie violente, son mépris de la
morale, son horreur de tout métier, son goût de la révolte, du vice, du crime.
Résolutions d'avenir. Désormais, Rimbaud a des élans vers l'Idéal.
Il exalte la charité et la pureté.
ILLUMINATIONS
La vie littéraire de Rimbaud ne s'achève pas evec Une Saison en enfer : à
Londres, en 1874, il met au net une autre œuvre en prose poétique, formée de
morceaux distincts, qui ont été réunis sous le titre « illuminations ». Nous
sommes mal renseignés sur les circonstances dans lesquelles ces pièces ont été
composées. Les Illuminations, en tout cas, nous apparaissent comme une nouvelle
tentative du poète pour « fixer des vertiges » et pour réaliser ses ambitions de
voyant.
L'AVENTURIER
Après les Illuminations, Rimbaud renonce définitivement à la poésie. Il
voyage à travers l'Europe puis, en 1880, il part pour l'Afrique. Il
séjourne notamment à Aden et au Harrar, s'occupe d'affaires commerciales et
explore des régions inconnues. Il ne regagne la France qu'en 1891, pour y être
amputé d'une jambe à Marseille et pour y mourir.