Paul VERLAINE : PRODUCTION POETIQUE

Poèmes saturniens (1866)

Verlaine professe d'abord l'impassibilité parnassienne ; et ce premier recueil contient des " eaux-fortes " ou des tableaux dans le goût du Parnasse. Déjà, pourtant, le vrai Verlaine apparaît, avec sa sensualité, sa tendresse et sa mélancolie : il compose des " paysages tristes ", évoque un amour disparu (Nevermore), une femme idéale (Mon Rêve familier), associe aux caprices de son imagination le charme d'un paysage crépusculaire (Soleils couchants) et laisse entendre un écho assourdi de l'inquiétude romantique (Chanson d'automne). Déjà son instinct poétique le conduit à assouplir l'alexandrin, à manier des rythmes impairs, à suggérer des états d'âme vagues par des strophes vaporeuses.

Fêtes galantes (1869)

Dans son second recueil de 22 poèmes, Verlaine s'inspire de Watteau et des autres peintres qui, au XVIIIe siècle surtout, ont évoqué les plaisirs d'une société élégante et frivole. Sous le nom de fêtes galantes, on désignait alors une variation sur le thème du théâtre : des personnages élégants se livrant à des songes amoureux et à des conversations tendres. A la différence des Poèmes saturniens, le livre n'est pas subdivisé en sections, les poèmes étant seulement regroupés par thème. Verlaine évoquent ces " fêtes galantes " avec des accents tout à fait personnels. Les fêtes galantes s'ouvrent avec " clair de lune ", sous le signe de la musique, des masques, mais connaissent une fin douloureuse avec " le colloque sentimental ".

La Bonne Chanson (1870)

C'est le troisième recueil, d'un caractère beaucoup plus personnel. Peu d'œuvres, dans l'histoire de la poésie française, sont aussi sincères et aussi émouvantes. Verlaine vient de se fiancer avec Mathilde Mauté, une toute jeune fille. La Bonne Chanson évoque presque chronologiquement les événements de sa vie depuis sa rencontre avec Mathilde (I, II, III) jusqu'au mariage (XVII, XIX). Les meilleurs poèmes sont sans nul doute ceux où il décrit avec sensibilité les paysages qui ont été le décor de son amour (I, V, VII, XVI. Il y dit ses joies pures, son enthousiasme d'amoureux ; il imagine le bonheur paisible du foyer. La lune, qui baignait de mélancolie le décor des Fêtes galantes, verse maintenant dans son cœur " un vaste et tendre apaisement ".

Romances sans paroles (1874)

Ces poèmes ont été composés pour la plupart en 1872 et 1873 ; plusieurs se ressentent d'une influence de Rimbaud, auquel Verlaine emprunte des thèmes et des rythmes de chansons. Les impressions de voyage (Paysages belges) voisinent avec les vers lyriques des " Ariettes oubliées ", où domine une immense tristesse (il pleure dans mon cœur). Si le terme " romances " évoque une chanson sur un thème sentimental, l'expression " sans paroles " désigne sans doute le refus du discours, la recherche d'une poésie presque " au-delà des mots " qui soit seulement chant de l'âme, respiration, murmure. Le recueil se compose d'Ariettes oubliées (9 poèmes), de Paysages belges (7 poèmes) et d'Aquarelles (7 poèmes).

Sagesse (1881)

Ces poèmes ont été composés, les uns en prison, d'autres après la captivité ; mais il règne dans tout le recueil une certaine unité de ton et d'atmosphère. Le poète fait un retour douloureux sur son passé (Gaspard Hauser chante) , (Le ciel est par-dessus le toit) ou écoute résonner à ses oreilles la voix de sa femme comme un enseignement évangélique (Écoutez la chanson bien douce ... ). Ardemment, humblement, il cherche la sagesse, songe à la foi vivante des siècles passés et à l'enthousiasme fécond des bâtisseurs de cathédrales. Il chasse les voix impures de l'orgueil, de la haine, de la chair, pour obéir à " la voix terrible de l'amour ". Il s'offre à Dieu, à la Vierge Marie ; et il reproduit en une suite d'admirables sonnets le dialogue de l'Homme avec son Dieu.