EMILE ZOLA

 

 

Zola est le principal représentant du naturalisme en France. Certaines de ses oeuvres, comme L’Assommoir, lui ont permis de détrôner au firmament des romanciers le géant qu'était Victor Hugo. Magistral romancier prenant fait et cause pour les idéaux du socialisme, Zola fait également preuve d'un grand courage en militant pour la vérité dans l'affaire Dreyfus.

 

Une jeunesse difficile :

 

Né à Paris d'un père italien, Emile Zola grandit à Aix-en-Provence ; il a pour camarade celui qui sera le peintre Cézanne. Lorsqu'il a sept ans, son père meurt. La situation financière de la famille se dégradant, les Zola s'installent à Paris où Emile poursuit ses études ; il échoue au baccalauréat et est contraint d'accepter des travaux dans les docks puis dans une grande librairie parisienne. Les débuts dans l'écriture Sa fonction de chef de publicité chez Hachette lui permet d'une part de compléter. Sa culture générale, d'autre part de rencontrer les grands esprits de son temps : Lamartine, Littré, Sainte-Beuve entre autres. Zola se sent à cette époque proche du romantisme et se lance dans le journalisme. Les idées de Taine et de Claude Bernard le rapprochent du réalisme.

 

Le succès du naturalisme :

 

Dans Thérèse Raquin, on devine les premiers accents naturalistes. C'est à partir de 1868 qu'il va entièrement se tourner vers le naturalisme. Comme Balzac dans La Comédie humaine, il commence un cycle de romans racontant les événements et les problèmes que connaît une famille française sous le second Empire. Après avoir établi l'arbre généalogique de la famille des Rougon-Macquart, Zola travaille avec une régularité impressionnante, produisant un roman par an. Le septième volume des Rougon-Macquart. L’Assommoir, qui fait scandale par la description crue des milieux ouvriers, le rend célèbre. Zola dorénavant le maître de l'école naturaliste. Il atteint le sommet de sa carrière avec Germinal, qui décrit minutieusement l’univers des mineurs. Ayant lui-même souffert de la pauvreté dans sa jeunesse, il est de plus en plus attiré par le socialisme. En 1888, Zola délaisse sa femme pour vivre avec Jeanne Rozerot, une ouvrière beaucoup plus jeune que lui, dont il a deux enfants. Après le succès de la Bête humaine en 1890, Zola a du mal à achever la chronique des Rougon-Macquart : La Débâcle connaît encore un fort succès malgré tout.

 

L'homme de combat :

 

En 1894 débute l’affaire Dreyfus qui secoue la France entière. Rapidement, Zola est convaincu de l'innocence de ce capitaine, condamné uniquement parce qu'il est juif. Il prend, violemment parti pour ce dernier, notamment dans son article, j’accuse, paru le 13 janvier 1898 dans le journal L'Aurore. Condamné à un an de prison, Zola s'exile en Angleterre. À son retour, en 1899, il entame un autre cycle d'ouvrages où il fait part de son idéal humanitaire. En 1902, il meurt asphyxié au cours d'un accident suspect, avant d'avoir pu terminer sa dernière oeuvre. La même année, il s'était vu refuser le premier prix Nobel de littérature pour avoir écrit Nana, roman jugé choquant par la morale publique.

 

Le déterminisme :

 

Principe d'après lequel tout fait a une cause, et, dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent les mêmes effets. La doctrine naturaliste disciple de Taine, Zola croit à la subordination de la psychologie à la physiologie. "Notre héros n'est plus le pur esprit, l'homme abstrait du XVIIIe siècle, il est (...) composé d'organes et (...) trempe dans un milieu dont il est pénétré à chaque heure...".

 

a)     Le romancier naturaliste soulignera donc particulièrement les conditions

b)      physiologiques, l'influence des milieux et des circonstances qui, selon lui, déterminent la personne humaine.

 

b) Zola s'inspire aussi des idées de Claude Bernard sur la biologie, science où l'expérimentation permet de contrôler les hypothèses et de formuler des lois. A son tour, le romancier naturaliste sera un expérimentateur: son expérience consiste à "faire mouvoir les personnages dans une histoire particulière pour y montrer que la succession des faits y sera telle que le déterminisme l'exige." Il étudiera "le mécanisme des faits en agissant sur eux par les modifications des circonstances et des milieux sans jamais s'écarter des lois de la nature." Les Rougon-Macquart A travers cinq générations successives, Zola a voulu suivre, en observants les lois scientifiques, l'évolution de toute une famille. Dans Le Docteur Pascal, il nous présente l'arbre généalogique de cette famille, avec, à l'origine, la Tante Dide, internée comme folle, dont la tare initiale pèse sur les appétits de toute sa descendance et détermine "selon les milieux, chez chacun des individus de cette race, les sentiments, les désirs, les passions, toutes les manifestations humaines, naturelles et instinctives dont les produits prennent les noms de vertus et de vices". Comme ces personnages partis du peuple se disséminent dans toute la société contemporaine, le romancier nous présente tour à tour une petite ville de Provence (La Fortune des Rougon), le monde de la finance (La curée; L’argent), les milieux ecclésiastiques (La Conquête de Plassans, La faute de l'Abbé mouret), les politiciens, les ouvriers parisiens (L'Assommoir), le monde des viveurs (Nana) les bourgeois, les grands magasins (Au bonheur des Dames), Les mineurs (Germinal), les artistes (L'Oeuvre), les paysans (La Terre), les chemins de fer (La Bête humaine),- la guerre, le médecin hanté par les lois de l'hérédité (Le docteur Pascal). Le tempérament épique La psychologie des personnages est assez réduite. Mais Zola est un incomparable évocateur des foules, surtout des foules en mouvement (voir Germinal). Il nous fait aussi percevoir l'existence d'une âme collective chez ceux qui partagent la même détresse ou la même exaltation. Les objets eux-mêmes reçoivent une vie mystérieuse: par exemple l'alambic dans L'assommoir, la mine dans Germinal ou la locomotive dans La Bête humaine.

 

Quelques oeuvres :

 

1867 Thérèse Raquin

1871-93 Les Rougon-Macquart (Cycle de 20 romans)

1877 L’Assommoir

1885 Germinal

1890 La Bête Humaine

1880 Le Roman expérimental

 

ZOLA et le naturalisme

Après une période de ferveur romantique, le jeune Zola découvre les ressources que la science peut fournir au romancier. En concevant son oeuvre monumentale « Les Rougon-Macquart » et surtout avec « L’Assommoir »(1877), peinture du monde ouvrier, Zola triomphe et devient le chef de file de l’école naturaliste.

Quelques jeunes écrivains dont les frères Goncourt et Maupassant se réunissent régulièrement à Médan autour de Zola pour créer un recueil collectif de nouvelles « Les soirées de Médan » où sont illustrées les idées du groupe. Zola se lance dans une campagne ardente pour le roman naturaliste , mais avec la publication du roman « La terre », peinture du monde paysan, certains de ses disciples se détournent de lui, jugeant qu’il est allé trop loin dans l’application ses théories.

Le naturalisme est principalement issu du réalisme tel que le voyait FLAUBERT: le romancier était selon lui un observateur méthodique qui décrit le réel sans l’idéaliser ou en donner une image épurée Zola, marqué par le scientisme ( pensée qui consiste à affirmer que la science nous fait connaître la totalité des choses et que cette connaissance suffit à satisfaire toutes les aspirations humaines) de son époque, va dépasser ces notions d’objectivité, de science ou de documentation: il admire des scientifiques comme Darwin, Claude Bernard et le philosophe Taine et va s’inspirer de leurs écrits. Dans « Le Roman expérimental » , texte théorique sur sa méthode, Zola écrit:

La Science entre donc dans notre domaine, à nous romanciers, qui sommes à cette heure des analystes de l’homme dans son action individuelle et sociale. Nous continuons par nos observations et nos expériences, la besogne du physiologiste(..). En un mot, nous devons opérer sur les caractères, sur les passions, sur les faits humains, comme le chimiste ou le physicien opèrent sur les corps bruts, comme le physiologiste opère sur les corps vivants.

Les grandes influences sur Zola sont les suivantes:

Hippolyte Taine pense que l’homme est soumis au déterminisme universel. L’homme est la proie de sa condition physiologique et de son milieu. Les sentiments et les caractères sont prédestinés par des lois analogues à celles de la biologie ou de la physiologie.

Claude Bernard et son livre « Introduction à la médecine expérimentale » En s’inspirant de cette méthode scientifique Zola est persuadé que le roman devient une annexe de l’histoire naturelle et de la médecine et avancera par la même méthode : l’observation, la formulation d’hypothèses , l’expérimentation et finalement la formulation de lois.

Le docteur Lucas et ses travaux sur l’hérédité.

Les « Rougon-Macquart » prétendent être l’ étude d’une tare héréditaire ( la névrose de tante Dide) à travers cinq générations et Zola pense mettre ainsi en évidence « les lois » qui commandent le réel.
Charles Darwin et ses travaux sur la sélection naturelle.

Fatalement les plus faibles sont éliminés et les plus forts survivent, effet de la lutte pour la vie.

Le roman devient pour ainsi dire le terrain d’une expérience scientifiquement conduite car Zola qui prétend à la lucidité clinique du médecin en y joignant les préoccupations sociales de l’enquêteur.

Il découle de ceci que la psychologie des personnages n’intéresse que très peu Zola . Malgré cet échafaudage scientifique rigide, les romans de Zola restent vivants et l’imagination de l’auteur a pu s’épanouir pleinement malgré l’étroitesse du système.

 

Parallèle avec Verga

 

Zola est certainement le représentant le plus important du Naturalisme. Pour lui, l’ambition scientifique est fondamentale, en effet, il alu Darwin et il partage son idée de la sélection naturelle pour la vie. Il a lu Taine et en a retenu le principe de la détermination de l’individu par la race, le milieu et le moment, il a lu aussi le biologiste Claude Bernard.

Avec ce cycle, il veut représenter la vie d’une seule famille (les Rougon Macquart) à une époque bien précise (le second Empire) et démontrer que la vie de tous les membres de cette famille subit l’influence du milieu dans lequel ils vivent.

Avec Emile Zola, les classes ouvrières entrent pour la première fois dans la littérature française et deviennent immédiatement les protagonistes du récit.

L’auteur est présent dans son œuvre par la voix du narrateur ; toutefois, le détachement net entre les personnages et le narrateur, exprime l’impersonnalité  que l’artiste naturaliste considère comme fondamentale pour permettre à l’écrivain de maintenir l’objectivité qui caractérise les recherches scientifiques. Pour mieux comprendre et apprécier la théorie de Zola et des naturalistes, il faut imaginer l’artiste avec le tablier blanc des savants, en train d’observer l’évolution d’une expérience scientifique dont deux éléments (la famille, c’est-à-dire la race et le moment) sont constants tandis que le troisième, le milieu, est variable. L’élément de la recherche scientifique est évidemment l’homme.

On comprend donc que l’impersonnalité de Zola est bien différente de celle de Verga.

Les techniques narratives de ces deux romanciers sont la conséquence de deux poétiques et de deux idéologies bien définies.

Zola commente et juge parce qu’il est fermement convaincu que la littérature peut changer la réalité ; pour lui, la littérature devient un instrument scientifique pour étudier les problèmes sociaux.

Derrière la régression de Verga, il y a le pessimisme, en effet, il croit que rien ne pourra modifier la réalité et que l’écrivain n’a pas le droit de la juger.

 

 

La genèse des "Rougon-Macquart" et l’arière-plan historique

Avec "Les Rougon-Macquart", Zola a voulu, tout en s’inspirant - et en se démarquant - de "La Comédie Humaine", retracer "l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire".

Ainsi, le cycle relatant l’évolution de cinq générations de Rougon et de Macquart, de 1851 (coup d’état de Napoléon III - celui que Hugo appelait "Napoléon le Petit") à 1870 (défaite de la France à Sedan), fut composé de 1871 à 1893, donc avec un décalage plus ou moins constant d’une vingtaine d’années, à titre d’un roman par an en moyenne. La devise de Zola était "Nulla dies sine linea", ce qui explique la régularité de cette fréquence.

La France au 19e siècle

Au niveau social et historique, la 2e moitié du 19e siècle en France se caractérise par les éléments suivants : progrès scientifique très marqué, découvertes médicales importantes, industrialisation croissante, mécanisation rapide de la manufacture, emploi généralisé de la machine à vapeur, extension du réseau ferroviaire. La stabilité monétaire due à l’accroissement du capital financier vient couronner cet optimisme général. Le capitalisme triomphant voit se développer simultanément les théories socialistes et anarchistes.

Le cycle des "Rougon-Macquart"

Tout en étudiant l’évolution de la "fêlure" originale de la famille "maudite", Zola fera d’une pierre deux coups : son étude naturaliste, phylo- et ontogénétique, se doublera d’une étude sociale par le biais de la description du milieu de ses différents personnages. Les différentes branches de l’arbre généalogique permettront de pénétrer dans l’ensemble des sphères sociales. Tel fils Rougon ou tel neveu Macquart sera le héros d’un roman qui traitera de la haute bourgeoisie avec le monde politique (Son Excellence Eugène Rougon), militaire (La Débâcle) ou financier (La Curée, L’Argent). D’autres descendants naîtront dans le monde des artisans, des paysans (La Terre), des ouvriers (L’Assommoir, Germinal, La Bête humaine) des artistes (L’Oeuvre) ou des gens de théâtre. Chaque roman étudie à fond un personnage et son interaction avec son milieu environnant.

La documentation

Avant d’entamer la rédaction d’un roman, Zola se documente minutieusement, et va même parfois jusqu’à visiter les lieux afin de se pénétrer de l’atmosphère. Ainsi, pour la rédaction de La Bête humaine, il monte sur une locomotive à vapeur et se fait transporter, debout aux côtés du cheminot. De même, pour la composition de Germinal, il se rend dans le Nord et s’imbibe de l’atmosphère de grève et de révolte qui y règne. A plusieurs reprises il descend dans la mine, à 500 m de profondeur, muni d’un casque, d’une lampe à acétylène et d’un bloc-notes. La rédaction de Germinal se développe ainsi à partir d’un millier de fiches documentaires sur la mine, les maladies des mineurs, le mouvement social, la topographie du Bassin Minier, l’histoire de la région, les théories sociales de l’époque.

Les fiches servent à rédiger une ébauche, qui est en fait le plan du roman définitif. La plupart des ébauches peuvent être consultées à la Bibliothèque Nationale de Paris. Le “dossier Germinal” y compte 4 volumes de 400 pages manuscrites chacun.

Germinal dans le cycle des "Rougon-Macquart"

Le premier succès éclatant de Zola fut L'Assommoir (7e roman du cycle des R.M.) en 1877, ce qui lui permit d’acquérir une grande maison à Médan et de vivre dans une relative aisance. Germinal, le 13e roman du cycle, paraît en 1885. L’action se situe dans le Nord en 1865 (20 ans plus tôt) et relate une grève suivie d’une révolte dans le milieu des houilleurs. Le personnage principal est Etienne Lantier, qui est en fait le fils de Gervaise Macquart et de Lantier que le lecteur a rencontrés dans l’Assommoir, où le petit Etienne et son frère Claude (le peintre Claude Lantier de l’Oeuvre, qui représente l’ami d’enfance de Zola, Paul Cézanne) , ainsi que leur petite soeur Nana (Nana, 18, figurent déjà en tant que personnages secondaires. Etienne possède par conséquent la nervosité et l’entêtement des Macquart. Son endurance va en faire le "meneur" du mouvement ouvrier des mineurs de Montsou, et permettre à Zola de représenter les idées "socialistes" de l’époque, auxquelles l'auteur n’adhérait pas entièrement, mais pour lesquelles il avait, à cette période, certaines sympathies. Toutefois, certains critiques modernes de gauche lui reprochent une certaine attitude "antipeuple", voire "antisociale". A voir. En tout cas, les critiques de droite et d’extrême-droite de son époque (entre autres Léon Daudet, le fils d’Alphonse) le qualifiaient “d’égoutier de la littérature”.

Zola, poète visionnaire

Zola se voulait naturaliste, héritier des grands écrivains réalistes du 19e siècle : Balzac, Flaubert, Stendhal. Mais avec le recul, de plus en plus de critiques voient en lui un poète visionnaire, épique, panthéiste, unanimiste, voire romantique par moments. Et Germinal est un roman où cette dimension poétique ressort particulièrement bien, mais c’est ce que nous allons découvrir au fil de la lecture et lors de la discussion.